Ces «aires conservées par des communautés», sont très diverses du point de vue de leurs institutions de gouvernance, de leurs objectifs de gestion, de leurs incidences écologiques et culturelles et autres caractéristiques. Néanmoins, elles se distinguent par l'implication des communautés locales qui y jouent un rôle plus ou moins prépondérant dans la gestion.
La définition d'une aire protégée communautaire en Afrique de l'Ouest pourrait prendre en considération des éléments relatifs, à la gestion, à la gouvernance et au statut ainsi qu'aux droits d'usage des populations.
Les aires communautaires en Afrique de l'Ouest
La gouvernance par les communautés est encore peu connue ou reconnue par les gouvernements en Afrique de l'Ouest. La plupart des pays commence seulement à se doter de textes relatifs à la gouvernance par les communautés. Cette dynamique est avancée pour certains, alors qu'elle est à un stade embryonnaire pour d'autres. La gouvernance varie entre une gouvernance plus ou moins partagée avec d'autres acteurs importants (comme l'Etat) et une gouvernance strictement par les communautés elles-mêmes.
Ces espaces sont gérés sous une forme associative par des comités de gestion qui peuvent être composés de plusieurs acteurs : les habitants des différentes communautés villageoises, l'Etat et ses différents services centraux ou déconcentrés, les associations et ONG locales, nationales ou internationales, les collectivités locales, principalement les communes et peut avoir selon les cas autorité sur la gestion.
Généralement, les aires communautaires sont fragilisées par leur instabilité financière, le manque d'outils de gestion et de compétences humaines.
Elles regroupent un certain nombre d'acteurs qui ont des perceptions différentes de la gestion communautaire, des ressources naturelles et qui ont des intérêts différents. La cohésion de tous ces acteurs requiert une forte concertation.
En Afrique de l'Ouest, les « aires communautaires » sont créées par les communautés, les associations et ONG ou l'Etat. Les parcours de création ou de reconnaissance sont généralement longs pour l'acquisition d'un statut délivré par les autorités étatiques et aujourd'hui également par les autorités décentralisées.
Elles sont créées pour de multiples raisons : conservation de traditions ou sites sacrés, valorisation et gestion contrôlée de l'exploitation d'un espace naturel, contrôle de son terroir, préservation de sites ayant une valeur biologique particulière, généralement liée à l'existence d'une espèce, plus rarement à un écosystème entier, volonté d'accroître le nombre d'aires protégées d'un pays.
Aujourd'hui les Etats peuvent concevoir que des populations participent de façon directe à la conservation, par leur rôle au travers des aires communautaires. Non seulement on ne peut plus ignorer les besoins fondamentaux des personnes vivant sur ou à proximité de ces territoires voués à la conservation, mais la conservation doit également contribuer au développement économique en créant des richesses.
Les aires communautaires et la conservation
Les aires communautaires ont ainsi permis de conserver des parties de forêts, des biotopes particuliers, des plantes médicinales, et de préserver des espèces animales (singes et hippopotames au Ghana). Toutefois, il est difficile d'évaluer l'évolution de ces valeurs car les aires communautaires ne disposent pas ou peu d'indicateurs prévus à cet effet. Il est indéniable que les communautés locales détiennent des savoirs sur la biodiversité et sa conservation qui, s'ils sont mieux valorisés, peuvent contribuer grandement à la conservation des espaces naturels.
Si certains espaces gérés par des règles coutumières ont être préservés depuis les temps anciens, aujourd'hui, les espaces coutumiers et les autres types d'aires communautaires sont des espaces soumis à de multiples pressions et menaces. La pression humaine sur les ressources naturelles y est forte : utilisation des ressources à des fins de consommation, empiètement humain, pastoral, braconnage, feux de brousse, pâturage incontrôlé. En plus des menaces et pressions, la durabilité des aires communautaires est éprouvée par le manque de moyens financiers, le manque de compétences en gestion, et la fragilité des statuts juridiques.
Les aires communautaires et le développement
Les populations vivant dans et autour des aires communautaires sont essentiellement des populations rurales. De façon générale, celles-ci sont très vulnérables car elles dépendent presque exclusivement pour leur subsistance des ressources que fournissent les espaces naturels. Elles peuvent être caractérisées par des organisations sociales propres qui ne sont plus pas nécessairement adaptées à la gestion des espaces naturels tels qu'ils se présentent aujourd'hui et accordent encore, pour certains, beaucoup d'importance à la tradition et au sacré.
Parfois, l'établissement des espaces classés s'est fait au détriment des droits, des intérêts et des moyens d'existence de ces populations, ce qui a créé des situations de conflits dans certaines localités et eu des conséquences sociales qui sont encore lourdes de conséquences aujourd'hui, telles que la perte de terres.
Il est ainsi de plus en plus attendu des aires de conservation qu'elles contribuent au développement des communautés locales. Les principaux modes de valorisation sont la chasse et le tourisme.
Or les recettes liées à ces activités ne représentent pas un bénéfice très important au regard des moyens nécessaires à mettre en œuvre (frais de fonctionnement, indemnités pour les employés, aménagements? et des attentes.
Généralement pour les aires communautaires qui bénéficient d'appuis extérieurs et de subventions, la création d'activité est importante, mais la création d'emplois rémunérés sur le long terme, engendrée par la chasse ou le tourisme est faible.
Les aires qui dégagent des bénéfices, les investissent dans le développement des infrastructures d'accès à la santé, à l'éducation ou à l'eau potable.
Quelques exemples d'aires communautaires en Afrique de l'Ouest
- Zone Villageoise d'intérêt cynégétique de Boumoana au Burkina Faso
L'association Faune et Développement intervient dans une vingtaine de villages à l'Est du Burkina Faso avec l'objectif d'appuyer les communautés locales à la préservation et à la valorisation des ressources naturelles de leur terroir villageois. Depuis 2004, AFAUDEB accompagne la ZOVIC de Boumoana pour sa création, sa reconnaissance et son aménagement. La ZOVIC regroupe 9 villages et est gérée par un comité intervillageois de gestion de la faune. Elle tire des revenus de la petite chasse qui se pratique sur le terroir des villages. Ces revenus lui permettent de réaliser des infrastructures communautaires.
- Wechiau Hippo Sanctuary au Ghana
Le sanctuaire d'hippopotames de Wechiau, au Nord Ouest du Ghana est officialisé en 1999. Dans cette localité, les hippopotames ont acquis un caractère sacré depuis que, dans les temps anciens, ils ont sauvé les populations de la localité des invasions ennemies. Depuis lors il est interdit de les tuer ou de leur nuire. Le site est sous l'autorité des chefs traditionnels et d'un Management Board, qui refuse jusqu'à présent que l'Etat participe à sa gestion. L'écotourisme y a été développé et permet d'apporter des revenus pour les villages de la localité.
- Aire Marine Protégée Communautaire des Iles Urok, FIBA, Guinée Bissau
L'ONG Tiniguena pour une gestion communautaire des îles de Formosa, Nago et Chediã, ou îles Urok , faisant partie de la Réserve de Biosphère de l'Archipel Bolama Bijagos. Le travail de concertation a commencé en 1996, pour aboutir en 2005 à la création officielle de l'aire communautaire. L'ensemble du travail privilégie la responsabilisation des communautés locales, l'implication des jeunes et des femmes et une validation systématique de la chefferie locale, afin de contribuer à renforcer le crédit des autorités traditionnelles.
Pour en savoir plus?/span>
Consultez l'étude PAPACO N°1 sur les aires communautaires en Afrique de l'Ouest
Consultez la brochure «Genre et équité dans les aires protégées communautaires en Afrique de l'Ouest»
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